» Il ne suffit pas d'un tas de
maisons pour faire une
ville; Il faut des visages et des cerises; Des hirondelles bleues et des danseuses frêles; Un écran et des
images qui racontent des histoires. Il n'est de ruines qu'un ciel mâché par des
nuages; Une avenue et des aigles peints sur les arbres; Des pierres et des statues qui traquent la lumière; Et un
cirque qui perd ses musiciens. Des orfèvres retiennent le
printemps dans des mains en cristal; Sur le sol des empreintes d'un
temps sans cruauté; Une nappe et des syllabes déposées par le jus d'une grenade; C'est le
soleil qui s'ennuie et des hommes qui boivent. Une
ville est une énigme leurrée par les miroirs; Des jardins de papier et des sources d'eau sans âme; Seules les femmes
romantiques le savent; Elles s'habillent de lumière et de songe. Métallique et hautaine, La
ville secoue sa mémoire; En tombe des livres et des
sarcasmes, des rumeurs et des
rires Et nous la traversons comme si nous étions
éternels.» Tahar Ben Jelloun